Non à la privatisation des barrages hydroélectriques !

Non à la privatisation des barrages hydroélectriques !

mercredi 16 janvier 2019.

 

Barrages hydroélectriques, privatisations à hauts risques (décembre 2018)

Bruxelles réclame davantage de privatisations pour les barrages

- A) De la catastrophe de Malpasset (2 décembre 2009) à la privatisation de la production hydroélectrique (J Serieys)

- B) Non à la privatisation des barrages hydroélectriques ! J.-L. Mélenchon

- C) Ne laissons pas brader le « château d’eau » de la France (CGT EDF)

- D) Vers un combat difficile et décisif ! (Jacques Serieys)

- F) Réponse à l’article Non à la privatisation des barrages hydroélectriques ! (Didier Puech)

A) De Malpasset à la privatisation de la production hydroélectrique (Jacques Serieys, 2009)

Je vis au bord de la Truyère, immédiatement en aval de neuf barrages hydroélectriques.

Personne ne doit croire que les habitants ont accepté la vente des immenses terrains inondés par les barrages sans rechigner.

D’une part, ces terrains représentaient fréquemment une richesse agricole. Les prés des berges permettaient la pâture des bovins, ovins et caprins en été. Les jardins et champs sur des terrains alluvionnaires permettaient des cultures impossibles sur les coteaux.

D’autre part, des installations touristiques étaient prévues sur des emplacements ombragés. Les sports nautiques comme le canoé-kayak pouvaient se développer facilement.

Pour faire accepter à la population de noyer toute une vallée, l’Etat a fait jouer durant plusieurs décennies la carte d’une part de l’intérêt général auprès des citoyens, d’autre part de la taxe professionnelle auprès des élus.

Globalement, EDF a contribué à une certaine régulation des petites crues qu’elle a étalées. Cela présente une grande importance, par exemple dans mon village. En effet, durant une cinquantaine de jours par an, le niveau de l’eau flirte avec les quais ou divers terrains aménagés (football, camping…) sans les dégrader grâce à la vigilance d’EDF.

Depuis 1959, une peur hante cependant les habitants durant chaque période de grande pluviosité : et s’il nous arrivait la même catastrophe qu’à Malpasset ? Heureusement, nous faisions confiance à EDF, service public à la française, pour donner une priorité aux questions de sécurité.

Et puis, en fin d’année 2009, quelques guignols nous annoncent à la fois que la concession des barrages va être mise en concurrence et que la taxe professionnelle sera un jour supprimée. Fin 2010, le processus s’accélère. avec le vote de loi Nome. Halte-là !

Loi « NOME » : l’électricité livrée au marché

Durant le quinquennat de François Hollande, la loi sur la transition énergétique ouvrait bien la voie à la privatisation de l’hydraulique, mais laissait malgré tout la possibilité à EDF et Engie de prolonger les concessions contre travaux.

En février 2018, les syndicats découvrent lors d’une rencontre à Matignon que l’Etat macronien, sans aucune concertation, a décidé de devancer l’appel et mis sur la table de la Commission européenne des propositions permettant l’accélération de la mise en concurrence, avec calendrier à l’appui. Le calendrier de privatisation a été avancé à la fin 2018. Ce programme doit concerner 150 barrages sur les 433 que compte notre pays.

Il est tout de même surprenant de voir la France se poser en meilleur élève européen de la privatisation dans le domaine hydro-électrique alors que, par exemple, la Norvège, pourtant premier producteur d’énergie issue de l’hydroélectricité, n’a pas accepté de suivre les desiderata de la Commission européenne. L’Allemagne non plus d’ailleurs.

Les acheteurs potentiels se mettent en ordre de bataille, qu’ils soient européens (l’allemand E.ON, l’italien Enel ou encore le norvégien Statkraft sont sur le coup), internationaux (on évoque des groupes chinois et canadiens) ou encore français. Total et Engie sont entrés dans la danse, avec, selon le journal Libération, la bénédiction du gouvernement.

«  Il faut se le dire une bonne fois pour toutes  : tout ce qui concerne l’eau doit rester dans le secteur public  », martèle Emmanuel Poilane, directeur de la fondation France libertés, laquelle a fait de la reconnaissance de l’eau comme bien commun un cheval de bataille. En d’autres termes, estime le militant, privatiser l’outil revient à privatiser la ressource, avec, dans le cas présent, des conséquences multiples.

Construits pour la plupart après guerre, les barrages hydroélectriques sont aujourd’hui au nombre de 433, principalement implantés en zones montagneuses.

À eux tous, ils comptent pour 12 % dans la production électrique nationale. Ils représentent, surtout, la première source d’électricité renouvelable française (contre 3,9 % pour l’éolien et 1,6 % pour le solaire). Ultime singularité, ils sont l’unique source de production électrique à permettre de caler, en temps réel, la production sur la demande  : il suffit d’ouvrir les vannes quand la demande augmente et de les fermer quand elle baisse, atout que ne possèdent ni le nucléaire, ni l’éolien, ni le solaire. «  À ce titre, reprend Emmanuel Poilane, les barrages hydro­électriques sont le principal outil de notre régulation énergétique.  »

B) 1959 : La catastrophe de Malpasset

Le barrage de Malpasset a été décidé après la Seconde guerre mondiale, réalisé sous maîtrise d’oeuvre du Conseil général du Var, dans la vallée du Reyran. Il ne s’agit pas d’une unité de production hydroélectrique ; son but est d’irriguer les cultures de cette région aux pluies très irrégulières. La mise en eau commence en 1954.

Sur la fin d’automne 1959, des trombes d’eau s’abattent sur la Côte d’Azur. Le niveau d’eau monte rapidement dans le barrage. Décision est prise de ne pas ouvrir les vannes afin de protéger du béton qui vient d’être coulé en aval pour une pile de pont en béton armé.

Le 2 décembre à 18 heures, les responsables du barrage décident tout de même de laisser s’écouler un peu d’eau, la capacité maximale de l’ouvrage étant atteinte. A 21h13, le barrage craque ; une vague de 40 mètres de haut ( 50 millions de mètres cubes d’eau) balaie tout sur son passage jusqu’à Fréjus : 423 morts ou disparus, des milliers de sans-abri, des dégâts matériels considérables, un spectacle de désolation.

En 1967, la Cour de cassation rend un avis qui ne la grandit pas : “aucune faute, à aucun stade, n’a été commise “.

Pourtant, l’étude de la résistance de la roche était trop superficielle ; pourtant, ce barrage était le plus mince d’Europe ( 6,78 m à la base et 1,50 m à la crête). Globalement, les normes draconiennes imposées à EDF ne semblent pas avoir été suivies pour cette construction initiée par le Conseil général du Var avec le soutien financier du Ministère de l’agriculture.

D’autres barrages ont provoqué des désolations en aval de par le monde. Citons par exemple :

* Le Vaiont, dans les Alpes italiennes, le 9 octobre 1963 (2600 personnes noyées)

* Morvi en Inde le 11 août 1979 (15 000 morts)

Retenons cette sentence de l’architecte constructeur de Malpasset (mort six mois après la catastrophe), l’ingénieur André Coyne, alors président de l’Association internationale des grands barrages et spécialiste incontesté de la construction des barrages-voûtes : “De tous les ouvrages construits de main d’homme, les barrages sont les plus meurtriers”.

C) Vers une privatisation des barrages hydroélectriques pour satisfaire la Commission européenne

Electricité de France gère actuellement 640 barrages et 447 centrales hydrauliques dans l’Hexagone.

M. Borloo a signé, conformément aux volontés de la Commission européenne, en juillet 2008, un décret fixant les règles de la mise en concurrence des concessions de 399 barrages français. Environ 80% d’entre eux sont exploités par EDF.

Plusieurs vallées comprenant des centrales hydrauliques vont donc être mises en concurrence : Truyère, Lot, Dordogne, Drac, Louron, Ossau, Tet, Beaufort, Bissorte et Lac Mort.

En 2014, le regroupement des barrages de la Vallée de l’Arc, dans les Alpes, devrait aussi être proposé à la concurrence. A cette date, quelque 5300 mégawatts de puissance auront été mis sur le marché, soit le quart du patrimoine hydraulique d’EDF.

Plusieurs groupes ont déjà fait part de leur intérêt, dont le français GDF Suez, l’autrichien Verbund, le canadien Hydro-Québec et le norvégien Statkraft.

“Clairement, ces trois regroupements nous intéressent”, a affirmé Emmanuel Soetaert, président de Statkraft France.

D’une manière générale, le groupe norvégien vise en priorité les concessions de taille importante (supérieure à 100MW) “là où notre compétence est la meilleure”, a précisé M. Soetart. Statkraft vend déjà une partie de sa production sur la Bourse française de l’électricité Powernext.

Les premières annonces d’appels d’offre sur les barrages hydroélectriques d’EDF doivent intervenir avant la fin de l’année 2009 pour un début de concession en 2011-2012.

D) L’eau est un bien public renouvelable nécessitant un service public pour la gérer

3a) Non à une mise à sac du service public d’électricité qui s’est construit grâce aux fonds publics et au sens de l’intérêt général de nombreux riverains

Cette mise en concurrence des barrages EDF relève de la tromperie, à un niveau inadmissible.

J’ai vu arriver chez mon grand père maternel, agriculteur influent, des cadres d’EDF qui avaient besoin d’acheter les parcelles du bord de la rivière (là où on pouvait faire paître les bêtes en été) pour réaliser la retenue de Golinhac. Je me rappelle bien des arguments sur l’intérêt national, sur l’importance d’EDF pour le pays (et pour la gauche) ; ça a marché… mais l’accord n’aurait jamais été donné pour intégrer un jour le barrage dans le grand marché capitaliste.

J’ai vu arriver à Entraygues des cadres d’EDF et de la préfecture qui voulaient nous persuader que le barrage de Cambeyrac était absolument nécessaire à la Nation, 50 mètres en amont du chef lieu de canton. C’était une catastrophe du point de vue des intérêts locaux car cela noyait les principaux terrains où pouvaient se développer le camping ; pourtant l’accord a été donné… mais l’accord n’aurait jamais été obtenu pour intégrer un jour le barrage dans le grand marché capitaliste.

3b) Pour une maîtrise publique de l’eau

Par delà les problèmes de sécurité posés par une privatisation, il faut poser la question de la maîtrise publique de l’eau.

En effet, si je prends le cas de la Truyère et du Lot que je connais bien, leur eau sert :

- à produire de l’électricité

- à irriguer des terres agricoles en aval (Aveyron, Lot et Lot et Garonne) sur des créneaux horaires d’été qui n’ont rien à voir avec ceux de la production hydro-électrique.

- à alimenter les communes en eau potable

- à contribuer aux loisirs. Ainsi, le canoé-kayak s’est beaucoup développé, apporte une manne touristique indispensable dans des zones où toute présence industrielle a disparu ces dernières années. Or, le canoé demande aussi un débit minimum à certaines heures. Plusieurs lacs sont prisés pour les plaisirs nautiques, qu’adviendra-t-il ? Et la pêche ?

- Pour mémoire, je rappelle aussi que les cours d’eau contribuent au refroidissement des centrales nucléaires.

3c) Privilégier le maintien du service public dans l’intérêt des usagers

Le système français est construit sur la base d’un service public avec complémentarité des moyens de production répondant à la demande des consommateurs, sans rupture d’approvisionnement, à un tarif unique régulé. Quel opérateur privé voudra pérenniser un tel service alors que les pics de consommation seront sa source de profits  ?

3d) Maintenir la propriété d’EDF à 100% pour la la sûreté des installations et la sécurité des riverains

Quiconque est informé du manque d’investissement sur des infrastructures privatisées comme le train britannique ou les autoroutes françaises ne peut que craindre le même processus pour les barrages hydro-électriques.

Le maintien en état des concessions hydrauliques est un enjeu majeur pour la sûreté des populations. Un suivi permanent du bon fonctionnement de ces grands ouvrages est ainsi nécessaire. Celui-ci était assuré depuis toujours par EDF. Que se passera-t-il si, avec l’ouverture du marché, les opérateurs privés se multiplient  ? Voudront-ils, pourront-ils financer ces travaux d’entretien  ? Ni l’Europe, ni la loi de transition énergétique ne répondent à ces questions.

4) Il va falloir organiser la bataille !

Cette mise en concurrence des barrages EDF symbolise bien le dogmatisme ultra-libéral de la Commission européenne, l’inexistence totale du Parti Socialiste Européen comme opposition. Elle symbolise aussi la nature de la “démocratie” pour Barroso, Van Rompuy, Moscovici et autres. Aucune information n’a été donnée aux habitants des secteurs concernés.

Cette mise en concurrence des barrages pose évidemment un problème d’intérêt général . L’énergie hydraulique est particulièrement intéressante pour EDF aujourd’hui puisque les barrages peuvent stocker l’eau dans les retenues pour fabriquer de l’électricité aux seules heures de pointe (contrairement aux centrales nucléaires qui ne peuvent pas ainsi moduler leur production en fonction de la demande). L’énergie hydraulique est aussi particulièrement attractive pour des entreprises car elle peut fournir de l’électricité aux heures de pointe, là où EDF la paie le plus cher.

Cette mise en concurrence des barrages pose évidemment le problème du devenir des salariés EDF actuellement installés dans les zones géographiques concernées.

Cette mise en concurrence des barrages pose un problème environnemental très important. Par expérience, s’il est difficile de négocier avec EDF sur cette question, il est totalement incongru de croire obtenir quelque chose de précis de la part d’entreprises privées de l’énergie qui pratiquent essentiellement le lobbying auprès des fonctionnaires concernés, la communication, l’utilisation systématique de procédures judiciaires jusqu’à la Cour de Cassation… et n’ont que faire de l’environnement (sauf pour obtenir des subventions Energie renouvelable).

Je n’ai personnellement aucune confiance en matière de sécurité dans des groupes aux intérêts essentiellement financiers quand on sait comment cette sécurité entre, pour un barrage, sans cesse en contradiction avec la rentabilité.

De la Lorraine à la Bretagne, du Béarn au Nord… oui l’Europe libérale et ses marionnettes dilapident les richesses de notre peuple et font prendre d’énormes risques de sécurité aux habitants.

Halte-là !

D’après deux hauts cadres d’EDF avec lesquels j’ai discuté, la mise en concurrence des concessions hydrauliques n’arrivera réellement qu’en 2018 2019. Cela laisserait le temps de mener une large campagne unitaire d’information.

Jacques Serieys, le 2 décembre 2009

E) Vers un combat difficile et décisif ! (Jacques Serieys)

De la loi du 16 octobre 1919 à celle sur l’eau et les milieux aquatiques (Lema) du 30 décembre 2006, l’exploitation de l’énergie hydraulique des cours d’eau est un bien national dont l’Etat se réserve l’usage.

L’exploitation hydro-électrique sur le Nord-Aveyron s’est rapidement développée et s’est avérée rentable économiquement. La Truyère est la rivière de France dont le bassin versant reçoit le plus d’eau au mètre carré chaque année d’où un débit permettant une forte production électrique. La Truyère est peu connue mais charrie beaucoup d’eau avec des crues plus fréquentes et trois fois supérieures en volume à celles de l’Yonne par exemple.

Dans les années 1930 à 1980, l’Etat français a mené campagne pour que les élus s’impliquent dans la vente des terrains bordant les cours d’eau du Nord Aveyron afin de permettre la construction de neuf barrages et de vastes réservoirs (296 millions de mètres cubes d’eau pour Sarrans seul) permettant la production d’électricité (autant qu’une centrale nucléaire pour Montézic seul).

L’hypothèse d’une explosion du caractère public de la production hydro-électrique apparaît pour la première fois avec la fameuse loi Sapin du 29 janvier 1993 stipulant la présentation de plusieurs appels d’offres lors du renouvellement des concessions.

En 2000, le monopole d’EDF a vu sa fin. En 2004, ce service public a été transformé en société anonyme. En 2006, la loi sur l’eau et les milieux aquatiques supprime la loi de 1919. En 2008, la procédure de renouvellement par appels d’offres est publiée. En 2010, François Fillon, alors premier ministre, assure à la Commission européenne que la France, en échange du maintien des tarifs réglementés pour les particuliers, ouvrirait à la concurrence un certain nombre de concessions hydrauliques ; depuis rien n’a été fait, au grand dam des sociétés privées énergéticiennes européennes qui espéraient vivement prendre des positions en France. Voilà pourquoi Bruxelles vient de taper sur la table.

Les conditions juridiques sont malheureusement mûres pour entamer le processus de privatisation. Les concessions sont censées être renouvelées entre 2015 et 2025.

Depuis 2009, la Commission européenne mène bataille pour la mise en concurrence du groupe de barrages du Nord-Aveyron (parmi les trois plus importants du pays). Plusieurs sociétés ont fait connaître leur intérêt pour ce gâteau profitable : Vattenfall (Suède), Forum (Finlande), Statkraft (Norvège), Compagne Nationale du Rhône (France).

La loi Transition énergétique pour la croissance verte promulguée le 17 août 2015 inclut le renouvellement des concessions hydrauliques et prévoit la création de sociétés d’économie mixtes ouvertes aux collectivités et aux entreprises privées.

En cet automne 2015, la Commission européenne vient de mettre en demeure le gouvernement français pour la mise en concurrence des installations hydrauliques en ajoutant l’interdiction pour EDF à se porter candidat pour ses installations déjà exploitées.

Les salariés d’EDF comme les élus et la population locale sont actuellement sous le choc de cette mise en demeure. Un premier rassemblement s’est tenu ce mercredi 4 novembre à Entraygues (barrage de Cambeyrac) à l’appel des organisations syndicales CGT, CFDT, FO et CGC.

- > Les salariés sont particulièrement inquiets pour leur avenir personnel comme pour l’avenir de leur service public.

- > Les élus craignent de perdre une rentrée financière importante (18 millions d’euros chaque année pour l’Aveyron). Le président du Conseil général du Cantal a résumé les appréhensions des collectivités territoriales « Notre partenariat avec EDF fonctionne bien. On sait ce qu’on abandonnerait, on ne sait pas ce que nous découvririons. »

- > La population locale est étonnée d’avoir été poussée à vendre les terrains bordant les cours d’eau à un prix très bas au nom de l’intérêt général national alors qu’ils vont servir à remplir les poches d’actionnaires.

Une privatisation de la production hydro-électrique française représenterait une défaite majeure pour les acquis républicains de notre pays, un tournant majeur en faveur d’une évolution libérale à l’anglo-saxonne. Que les dirigeants et militants socialistes, que les cadres d’EDF ne se considèrent pas individuellement exonérés de leurs responsabilités.

La bataille est-elle perdue d’avance ? Que non ! L’exemple en 2018 des barrages Lot Truyère vient de le prouver.

Le vendredi 30 mars 2018 dans un communiqué, le président du Conseil économique, social et environnemental (CESER) Jean-Louis Chauzy, estime que la mobilisation régionale a payé. “Ces barrages sont la propriété du peuple français (et du contribuable) ! Les concessions de ces ouvrages qui assurent la puissance de deux centrales nucléaires resteront gérées par EDF. C’est tant mieux pour l’emploi des salariés dans les zones rurales, c’est tant mieux pour la qualité du service public, et c’est tant mieux pour les entreprises locales et régionales qui continueront à bénéficier des retombées liées aux investissements pour la maintenance et la sûreté des centrales” écrit-il.

Jacques Serieys

F) Réponse à l’article Non à la privatisation des barrages hydroélectriques ! (Didier Puech)

Bonjour mon cher camarade.

Dans ma vie professionnelle, je suis à la DREAL en charge du contrôle des concessions hydroélectriques et des barrages, principalement sur l’Ariège et les Htes Pyrénées.

Quelques remarques sur ton article :

- la Loi de 1919 n’a pas été abrogée par la LEMA de 2006. La loi de 1919 a été codifiée en 2013 (Code de l’Energie).

- l’injonction du 22 octobre dernier n’a pas été diffusée aux services régionaux, la DGEC nous en refusant la communication. Qu’allons-nous y trouver ? une mise en cause des DRIRE puis des DREAL ? Les agents la réclament, et sont méprisés, une fois de plus. Il semble que cette mise en demeure soit disponible “dans des milieux autorisés”. Si tu y avais accès, j’aimerais bien que tu m’en envoies une copie.

- tu as tort de faire confiance à EDF pour assurer la sécurité des barrages. Ils font leur part, avec les contraintes de compétence de leur ingénierie et avec les contraintes financières. C’est pour cela qu’il existe un Service de contrôle au sein des DREAL, d’Etat donc indépendant.

- Malpasset est évidemment un cas d’école pour nous tous. Les raisons de la rupture sont un peu plus complexes. Il faut aussi signaler que les “normes” de construction ont bien été respectées. Toutefois, alors qu’il est coutume de dire qu’André Coyne était alors au sommet de son art, je crois que son bureau d’études avait alors un peu dépassé ce sommet… On doit aussi rappeler que d’autres barrages plus que ressemblants ont été construits. La plupart ont reçu des modifications substantielles (Esch sur Sûre, Gage, Tolla, Laouzas, Yaté) ou ont été mis hors service (Ayrette, Idbar, Piney, Malpasset). Reste en fait deux “intacts” (Lanoux et Naguilhes)…dont je m’occupe de très près !

- Vajont n’a pas cédé, il est toujours en service. L’accident de 1963 est une surverse due à un glissement de terrain. Très bien retranscrit dans le film “la folie des hommes”

- la mise en concurrence concerne actuellement “10 vallées” en France. Dans la liste il te manque donc le Louron, l’Ossau, la Tet, Beaufort, Bissorte, Lac Mort.

- le délai de réaction de l’administration fait que ces vallées auraient dû être renouvelées certaines avant 2011. Et les dossiers prochains arrivent, 20 autres au moins devraient déjà être lancés. Tant de retard ne peut plus se rattraper.

- du fait de ces retards, plusieurs sociétés étrangères se sont mises en veille, ne perdant pas leur temps à attendre. EDF et la SHEM ont déployé d’importants moyens humains, qui se retrouvent inemployés actuellement, mais détenteurs de secrets de stratégie donc ne pouvant pas être libérés dans la nature…

- des génies ont créé l’idée de confier les concessions à des SEM. Outre le fait que ce n’était pas interdit, le problème du choix de l’opérateur privé est forcément maintenu, mais renvoyé à la probité des élus locaux. Avec un % de 34% minimum de capital public, qui ne pourra pas être mobilisé, et qui n’est pas du tout représentatif des actifs réels engagés, on se retrouve dans une situation très simple : les collectivités choisiront un opérateur leur donnant plus de capital que ce qu’elles peuvent prétendre… N’est-ce pas une définition “soft” de la corruption ?

- très accessoirement, et techniquement, Cambeyrac est essentiel au fonctionnement de Couesque et au dessus, car il est en bas de vallée et permet de compenser les débits instantanés des usines à l’amont.

A ta disposition pour en reparler, bien sûr !

D) 4 novembre : Ne laissons pas brader le « château d’eau » de la France (CGT EDF)

Depuis plusieurs années la Commission européenne s’évertue à casser le modèle énergétique français au nom du dogme de la concurrence libre et non faussée. Dernier épisode en date, elle vient d’adresser une mise en demeure le 22 octobre 2015 au gouvernement français afin que l’entreprise publique EDF ne puisse plus exploiter toutes ses concessions hydroélectriques : le patrimoine français va être découpé et livré aux spéculateurs.

Depuis la nationalisation du secteur de l’énergie, les spéculateurs n’ont eu de cesse de remettre en cause un modèle qui les prive de juteux bénéfices. Aujourd’hui au-delà de la production d’électricité les concessions participent activement à la gestion et à l’utilisation des réserves en eau de surface. Par sa rapidité de mise en œuvre elle est un élément essentiel du développement des énergies intermittentes (Solaire et Eolien), pour ces mêmes raisons elle contribue de façon coordonnée au soutien réseau au moment des pics de consommation, elle en a fait la démonstration lors de la rupture du câble entre la France et l’Allemagne. Enfin elle est un élément essentiel de la sûreté de nos centrales nucléaires, gestion de la source froide et renvoi de tension en cas d’incident.

De surcroît les barrages hydrauliques produisent une électricité dé-carbonée à un prix défiant toute concurrence. A l’heure de la France exemplaire pour la COP21, c’est quand même un paradoxe de se défaire de ce patrimoine. Comme la Grèce nous allons subir le dictat de la Commission européenne pour des engagements français que nous n’aurions jamais dus prendre et que les gouvernements successifs assument. Les consommateurs, eux, assumeront l’augmentation de leur facture qui découlera de la dés-optimisation du mix énergétique. Les hydrauliciens ne pourront pas combattre seul ce hold-up organisé depuis la Commission européenne, nous en appelons à un positionnement des citoyens. De nombreux collectifs citoyens se construisent pour que cette l’énergie hydraulique reste publique. Nous demandons que cette mise en demeure, qui cible notre revendication de pôle public de l’énergie, soit rendue publique.

Il nous semble important que les usagers comprennent ce qui se trame dans leur dos. Quelques exemples de cette missive peuvent vous en donner le ton : « Les tarifs réglementés de vente, dont EDF est le distributeur quasi-exclusif en France, constituent une page 1 / 2 barrière à l’entrée et à l’expansion significative pour les concurrents d’EDF sur les marchés de la fourniture… Il en résulte que les tarifs règlementés de vente limitent fortement la possibilité pour les concurrents d’EDF… EDF bénéficie d’une image de marque et d’une notoriété héritée de sa position d’opérateur historique qui lui confère un avantage concurrentiel significatif. ».

L’électricité étant un bien de première nécessité nous ne pouvons pas accepter que pour satisfaire une politique ambiante libérale celle-ci fasse l’objet d’un accroissement de la précarité énergétique qui concerne déjà 5,9 Millions de familles en France soit plus d’un sur cinq. Ne reconduisons pas les erreurs faites pour les concessions d’autoroute, exigeons avec la CGT, le 4 novembre, que ce bien national reste un bien 100% public.

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